Skip to content

L’« open data » français a besoin de vision politique

July 21, 2011
by

Le phénomène désormais mondial d’« open data » fait, depuis quelques semaines une entrée en fanfare dans le débat public. Il se situe en bonne place des volets Internet des programmes politiques qu’ont publié à quelques jours d’écart l’UMP et le PS. Ce dernier appelle de ses voeux une « mise à disposition progressive, gratuite [et très large] des données publiques », tandis que l’UMP souhaite « rendre accessible gratuitement, réutilisable, pour tous les citoyens l’ensemble des données publiques ».

On peut donc saluer la volonté partagée de ces partis de créer une société plus transparente. Mais le vrai débat qui se dessine derrière ces intentions n’a pas été abordé : il porte un potentiel de réforme si profond qu’il est naïf de penser qu’il puisse se réduire à une volonté de mise en ligne de l’ensemble des données dont dispose l’Etat et ses dépendances.

En réalité, l’« open data » est un enjeu politique. A travers lui se dessinent différents modèles de société.

Souhaite-t-on, par exemple, mettre en ligne la performance éducative individuelle des professeurs des écoles ? Cette idée, que le ministre de l’Education a récemment remise au goût du jour, s’attaque évidemment à un tabou.

A l’opposé, pourquoi n’envisage-t-on pas de mettre en ligne l’ensemble des subventions reçues par telle ou telle entreprise ? Leur historique en matière de licenciement ? Leur pression fiscale ? On peut être certain que sur ces sujets, beaucoup de voix s’élèveraient contre la transparence.

On pourrait étendre très largement les idées à forte charge polémique, liées à l’« open data » : la mise en ligne de toutes les notes de frais et avantages de chaque élu de la nation, la sécurité publique au niveau local, la qualité des prestations des services de santé, etc.

Il ne faut pas être devin pour comprendre que cela ne va pas aller de soi et nécessitera un débat de fond. Et il est important que ce débat ait lieu, car dans notre société épuisée par ses contradictions, la « data gov » est l’un des meilleurs outils pour lutter contre le populisme, et pour réformer un certain nombre de dysfonctionnements. Pour ce faire, notre politique en matière de « data gov » ne doit pas aboutir à la création d’un nouvel outil de répression, mais bien à un système qui accompagne la réforme en faisant émerger les meilleures pratiques.

On a vu combien, lors de la toute récente réforme des retraites, il fut impossible d’éviter une politisation – une guerre de tranchée plutôt -d’un débat qui nous concerne pourtant tous. Cela fut d’autant plus aisé que les chiffres précis et argumentés n’ont été laissés qu’aux spécialistes. Aucune initiative, aucun site Web n’a été mis en place pour résumer, graphiques à l’appui, les propositions des différents partis et leurs conséquences sur la retraite de nos concitoyens. La « data gov », bien pensée, est un outil fantastique pour accompagner les grands débats de société.

Ce dont nous avons besoin, donc, c’est d’une vision politique en la matière. Notre pays est souvent fasciné par le président Obama : l’une de ses prouesses est d’avoir considérablement rapproché les Américains de l’Etat fédéral en ayant massivement recours à Internet pour solliciter leurs avis (il a ainsi gagné les élections) et en instituant la « data gov » comme une priorité nationale.

Advertisements
No comments yet

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: